Sein-bolique, sein-pathique

Bienvenue dans ce nouveau numéro du Point Q !

Ce mois-ci, c’est Octobre Rose, une immense campagne de communication pour la prévention et le traitement du cancer du sein. C’est le cancer le plus répandu — et le plus mortel — chez les femmes, mais 1 % des cas concerne les hommes.

À cette occasion, Le Point Q s’attaque à un monument de notre culture sexuelle : le sein !

Dans les films, dans les pubs, et même dans nos relations, le sein est au centre de l’attention. « Argument de vente », « provocation », le sein joue sur les deux tableaux, selon le public et le contexte. Vous le savez sûrement : la poitrine féminine doit encore trouver sa place dans un monde parfois trop puritain, comme sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas pour rien que les Femen l’utilisent comme vecteur de messages.

Vous êtes d’ailleurs 83 % (sur 76 répondant·e·s) à considérer les seins comme une zone érotique, selon un sondage effectué sur notre compte Instagram. Les témoignages recueillis par Juliette, Orianne et Thaïs le montrent ! Quant à leur sexualisation, ça n’a pas toujours — ni partout — été le cas. Thaïs retrace l’histoire de la sexualisation des seins dans le Vu d’ailleurs ! De son côté, Valentin revient sur le cancer du sein à travers une légende urbaine. Le soutif augmente-t-il le risque d’en attraper un ? Découvrez-le dans le débunk. Enfin, Ophélie nous parle de la censure des seins sur les réseaux sociaux… et des initiatives qui existent pour la contrer ! Ou du moins, pour se jouer d’elle, tant qu’elle existera.

Et pour finir, Morgan nous raconte l’histoire d’une célèbre héroïne de jeu vidéo… Lara Croft !

Le Point Q vous souhaite une bonne lecture !

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« Quand le téton se dévoile, c’est ultra excitant »

Par Orianne, Juliette & Thaïs

Quelle place ont tes seins lors d’un rapport sexuel ?

« Excitant pour l’autre personne. »

« Importante +++. Je n’imagine pas un rapport sans attention(s) particulière(s) pour mes seins. En tant que femme, j’aime jouer avec les mamelons de mon partenaire. Et si j’avais une partenaire femme, je les chérirais comme les miens. »

« Ils sont là pour exciter, faire chauffer l’ambiance, mais aussi pour être stimulés du début à la fin. »

« Même en tant qu’homme, j’aime qu’on me les prenne, les caresse. »

« Quand j’étais petite, je voulais faire une ablation. Jusqu’à mes 10 ans peut-être, je les détestais. Aujourd’hui je n’en suis pas fan et ils me font parfois mal au dos, mais ils m’apportent du plaisir de temps à autre.

Je considère les seins comme une zone érogène, mais comme pour l’excitation sexuelle, je pense que c’est parce qu’une partie non négligeable du plaisir est psychique. Avec mon ex-partenaire (femme), il y avait clairement des écarts dans la place que j’accordais à mes seins. J’aime beaucoup stimuler cette zone, alors qu’elle aimait beaucoup moins le faire. »

« Quand le téton se dévoile, c’est ultra excitant. J’aime voir la réaction de l’autre sans lui toucher le sexe. Le meilleur conseil, c’est de le caresser dans le creux de la main. Chez les hommes, c’est aussi une zone érogène sous-estimée. Il y a pas mal de terminaisons nerveuses et je pense que le côté féminin qui y est culturellement associé est à déconstruire. »

« Très honnêtement, ce n’est pas une zone érogène, ça ne me procure pas plus de plaisir que ça. J’ai une forte poitrine, qui ne se voit pas forcément car je n’assume pas tout le temps. Lors d’un rapport, les hommes découvrent mes seins et prennent du plaisir. Ça m’excite un peu plus. Mais c’est vrai que je préfère pendant la phase de séduction qu’on me regarde d’abord dans les yeux. »

« Clairement oui, pour moi c’est une zone érogène, qu’elle soit stimulée par les mains ou la langue, que ce soit une douce caresse ou une pression un peu plus appuyée (pas trop non plus !) Ça fait vraiment monter le plaisir, je savoure toujours ce moment, d’autant plus quand je constate que mon partenaire prend autant de plaisir que moi.

Ça m’a aussi fait décomplexer dessus, moi qui ai toujours trouvé qu’ils étaient vraiment petits, sans beaucoup de forme… Je me suis rendu compte que mes partenaires les aimaient quand même, et qu’ils ne semblaient absolument pas s’en formaliser. Ça me fait me sentir belle et désirable, bien sûr uniquement quand il y a consentement.

[TW attouchement] Je dois dire qu’au début de ma vie sexuelle j’étais super inquiète, car une fois un encadrant de sport a eu un geste en trop à mon égard. Quand j’avais 19 ans, il m’a saisi un sein à pleine main, à travers le soutien-gorge et a commencé à le presser doucement. Ça n’a duré que quelques secondes mais je m’étais toujours demandée si ça allait m’empêcher de prendre du plaisir lorsqu’un de mes partenaires aurait ce geste. Fort heureusement, grâce à des partenaires prévenants, aujourd’hui je peux dissocier ces deux choses et prendre quand même du plaisir… Même si je continue d’avoir un peu peur qu’un jour, le souvenir me revienne en pleine face et me gâche cette belle sensation… »

* Les prénoms ont été modifiés

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Vu d’ailleurs

Par Thaïs

Hypersexualisation des seins : une histoire pas si universelle

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir. »

Ce célèbre extrait du Tartuffe de Molière, pièce du XVIIe siècle, sonne encore bien d’actualité aujourd’hui. À la plage, sur les réseaux sociaux ou encore dans la rue, pour allaiter son enfant : les seins des femmes doivent être cachés pour les préserver des regards désireux. Sans cela, elles prennent le risque d’être considérées comme des exhibitionnistes, voire insultées.

Les seins semblent de nos jours indissociables de la sexualité, mais ça n’a pas toujours été le cas.

L’anthropologue Clellan Ford et l’ethnologue Frank Beach s’étaient en effet déjà posé la question en 1951 dans leur livre Patterns of Sexual Behavior. Sur 191 cultures étudiées, de l’Océanie à l’Amérique Latine, les hommes associaient les seins à un désir sexuel dans seulement 13 d’entre elles.

Selon Margaret Mead, une autre célèbre anthropologue du siècle dernier, la poitrine est en outre bien moins sexualisée dans les cultures où les femmes les montrent en permanence. Dans notre société, elle est très vite cachée aux jeunes enfants.

Les pieds avant les seins

Il y a plusieurs siècles, d’autres parties du corps ont été largement plus sexualisées que les seins des femmes à travers le monde.

En Chine par exemple, les pieds ont longtemps été considérés comme la partie la plus intime du corps. Les hommes les fantasmaient petits et recourbés. Et sous la dynastie Qing (1644-1911), les manuels sexuels présentent même 48 façons de les incorporer dans le rapport sexuel. Une représentation qui a encouragé la pratique du bandage des pieds — à l’origine de terribles souffrances pour des générations de femmes.

En Angleterre, sous l’ère Victorienne (XIXe siècle), ce sont les chevilles des femmes que l’on cache. Montrer un décolleté est alors perçu comme moins impudique qu’une cheville nue.

Longtemps associés à la maternité, ce n’est qu’au XIVe siècle que les seins auraient commencé à être particulièrement sexualisés en France, notamment avec l’arrivée des corsages. Dans la peinture, les poitrines de femmes apparaissent alors sans qu’elles soient en train d’allaiter, comme sur cette peinture en illustration, signée François Clouet.

C’est au XXe siècle que se renforce cette hypersexualisation systématique, avec le développement des magazines et des films porno. On promeut la figure de la Pin-up, et la taille des seins devient particulièrement importante.

Aujourd’hui, cette hypersexualisation vaut aux femmes françaises d’être embarrassées lorsqu’elles utilisent leur poitrine pour allaiter. Selon une étude de 2014, seulement 34 % d’entre elles estiment qu’il est normal de donner le sein en public, contre 57 % aux États-Unis ou encore 38 % en Turquie.

Une hypersexualisation associée à un « male gaze » (regard masculin) et que cherchent à déconstruire de nombreuses féministes. En tête, le mouvement américain Free the Nipple, qui lutte contre la censure des poitrines et des tétons dans l’espace public.

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On débunke !

Par Valentin

« Porter un soutien-gorge favorise le cancer du sein »

FAUX

Le soutien-gorge suscite beaucoup de fantasmes. Symbole d’oppression patriarcale pour les militantes du Mouvement de Libération des Femmes, finalement accusé de ne pas soutenir la poitrine mais de faire s’affaisser les seins, le soutien-gorge favoriserait même le développement du cancer du sein.

Une rumeur qui date des années 90, d’après l’Institut national du cancer. À l’origine de cette infox, une lecture hâtive de cette étude. Elle indique que les femmes ne portant pas de soutien-gorge ont moitié moins de risque de développer un cancer du sein que les utilisatrices de soutif. Or les chercheur·euse·s le précisent bien : ces femmes n’utilisant pas de soutien-gorge sont en général plus minces, avec un bonnet plus petit que les autres ! C’est donc plutôt de ce côté qu’il faut chercher les causes du cancer du sein.

Aujourd’hui, on sait que le surpoids, une consommation importante d’alcool, un manque de pratique sportive ou d’autres facteurs génétiques peuvent favoriser ce type de cancer.

Mais la rumeur ne s’arrête pas là. En 2002, un livre, Dressed to Kill, remet le sujet sur la table, en affirmant que le soutien-gorge bloquerait la circulation lymphatique, donc, pour faire court, la purification du système immunitaire et sa lutte contre les maladies. Une affirmation sans fondement, mais qui trouve depuis un écho sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, les facteurs de risque de cancer du sein — cancer le plus fréquent et le plus meurtrier chez la femme — sont bien connus. Mais de nouvelles études peuvent toujours révéler la dangerosité de certains produits répandus, comme les sels d’aluminium dans les déodorants.

Alors on fait attention, on n’oublie pas son autopalpation mammaire, et le rendez-vous chez son médecin pour s’assurer que tout va bien !

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La bonne nouvelle

Par Ophélie

Boobs out ! En croisade contre la censure d’Instagram

Sur Instagram, il fait meilleur être une vulve qu’un sein. Il y a trois semaines, je vous parlais du compte The Vulva Gallery, qui en présente de toutes sortes pour décomplexer les femmes. Cette semaine, place aux seins ! J’ai fait des petites recherches sur les comptes Instagram qui les abordent sous toutes leurs facettes. Voici une sélection :

Le compte a notamment partagé les illustrations du graphiste pop Alexsandro Palombo avec des personnages de Disney arborant un sein ablaté et un ruban rose sur l’autre. Tu peux aussi y trouver un long témoignage de Sara Puhto sur la diversité des poitrines intitulé « Tous les seins sont différents et c’est normal ! ». Son récit est accompagné d’une petite vidéo dynamique. Ce compte est une mosaïque de confiance en soi et d’amour de son corps.

Ce compte réunit des témoignages et des anecdotes de femmes dont les seins sont généralement au-dessus du bonnet D. Le but est de déconstruire les idées reçues sur les gros seins.

Un mamelon recouvert de pétales de roses, un autre recouvert de plumes, ou encore pris dans un sandwich… Le compte Taboob met au défi la censure des seins sur Instagram. Créé le 1er juillet par deux artistes belges, Jasper Decklercq et Noortje Palmers, leurs mises en scène de différents tétons réunissent près de 14.000 followers.

Et puis pour finir, une recommandation d’application. Comme tu le sais, l’autopalpation des seins est importante pour essayer de détecter les anomalies. Keep A Breast (disponible sur Android et iPhone) te permet de t’auto-diagnostiquer en te montrant les bons gestes.

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Sous la plume de Morgan


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Le Point Q sur les seins, c’est fini ! Mais il y a tant à dire que nous y reviendrons sûrement dans un prochain numéro, plus spécifiquement dédié au cancer du sein. D’ailleurs, si vous voulez nous proposer un sujet, n’hésitez pas, il sera inscrit sur notre liste de thèmes à traiter ! Pour cela, un petit message par mail (contact@lepointq.com) ou sur nos réseaux sociaux (Instagram, Twitter, Facebook) suffit !

Et si vous nous aimez très fort, vous pouvez toujours passer par Tipeee pour nous faire un petit don !

Merci à celleux qui le font, et aux personnes qui lisent ces lignes, vous êtes doux·ces comme des cachous.

À la semaine prochaine,

Julien, Juliette, Ophélie, Orianne, Tom, Thaïs et Valentin, aka Le Point Q.

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