À double tour

Bienvenue dans ce nouveau numéro du Point Q !

Un petit bijou qui te plonge dans l’univers du sexe et démystifie l’inconnue nommée « plaisir ». Tous les lundis, on débusque ensemble des fake news, on parle santé sexuelle, culture érotique, sexualité queer. On échange sur les nouvelles manières de faire l’amour en 2020.

Il y a deux semaines, on vous parlait des troubles érectiles chez les hommes, et on vous donnait des conseils pour les soigner. Cette fois, on s’empare du vaginisme* et de la dyspareunie**. À l’origine de ces maux, souvent des traumatismes et des pathologies (comme l’endométriose). On commence donc par faire un gros câlin à toutes les femmes dont le vagin a déjà dit « non » à un ou une partenaire. Encore une fois, ce n’est pas grave et ça se soigne.

Au programme cette semaine, les témoignages d’Emma (et Sacha, son copain), Aurore et Manon qui nous parlent de leurs blocages vaginaux, survenus pour différentes raisons : harcèlement, viol, ou changement de partenaire. On retrouve nos sexperts débunk et vu d’ailleurs. Tom se demande : « Un rapport sexuel se termine-t-il forcément par une pénétration ? » Réponse avec notre sexologue Céline Vendé, qui officie aussi sur Instagram (@sexologue_therapeute). Thaïs file aux États-Unis, nous parler des vagins… à dents ! Et Juliette vous transmet des conseils pour soigner le vaginisme, toujours sous l’œil avisé de notre sexologue.

Enfin, Morgan notre dessinateur est en charge de vous faire rire… et réagir, parce que les pénétrations violentes, ce n’est pas qu’au lit !

On espère que votre confinement se passe bien et on vous envoie plein de courage,

Le Point Q.

*vaginisme : contractions involontaires et incontrôlables des muscles du vagin, qui rendent la pénétration impossible.

**dyspareunie : douleurs lors des rapports sexuels qui rendent la pénétration difficile voire impossible.

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Comment vis-tu ton blocage ?

Par Orianne & Juliette

Emma* et Sacha* sont en couple depuis 3 ans et demi. Depuis un an, Emma souffre de dyspareunie de manière quasi permanente.

Comment ça se manifeste ?

Emma : « Je suis très stressée en ce moment, et je ne peux pas avoir de pénétration. Ç’est éprouvant et ça me fait mal. En plus, j’ai des mycoses à répétition, qui sont aussi liées au stress. »

Sacha : « Des fois c’est frustrant, mais ça ne heurte pas notre relation. Ce n’est pas la seule manière d’être intime avec quelqu’un, et on s’est rapprochés malgré cela. A un moment je me suis demandé si c’était de ma faute, mais elle m’a assuré que ce n’était pas le cas. »

Comment cela impacte ton quotidien ?

Emma : « C’est de la culpabilité et de l’incompréhension… Pourquoi je n’arrive pas à avoir envie ? Pourquoi ça me fait mal ? J’ai un copain super, qui me comprend et ne me met pas la pression. Mais il y a des jours où j’ai moins de mycoses et je me dis : là tu pourrais, pourquoi tu ne le fais pas ? Avant j’aimais ces moments-là. »

Sacha : « Je veux qu’elle soit dans un environnement qui l’aidera à surmonter ça. Qu’elle soit à l’aise, détendue et joyeuse. J’apprécie autant le temps passé avec elle (sinon plus) en dehors du lit. »

À quoi c’est lié ?

Emma : « J’ai eu une révélation hier. Je fais une thérapie psychologique en ce moment, un travail sur les traumatismes. J’ai été harcelée au collège, avec des violences physiques. Je me rends compte aujourd’hui que ça vient de là. On m’a fait tellement de mal que j’ai peur de la douleur, donc je mets en place des stratégies d’évitement. »

Sacha : « J’étais au courant de ces violences avant même qu’on sorte ensemble. Je savais que le harcèlement posait des problèmes à long terme aux victimes, mais je n’avais jamais imaginé que c’était aussi grave. »

Vous essayez de le soigner ?

Emma : « Oui, mais c’est une catastrophe le corps médical. La première fois, je suis allée voir une gynéco qui a été violente avec moi. Elle m’a dit : Putain mais il faut vous détendre, c’est que vous n’êtes pas prête… Allongez-vous. Et là, elle m’a mis un doigt. Même pas un instrument, un doigt pour savoir si ça passait. Quelle connasse.

Là je viens d’aller voir cinq gynécos différents. Ils me donnent tous la même crème, qui ne marche pas. Personne ne s’intéresse à l’aspect psychologique du blocage et les soins sont très chers. »

Sacha : « C’est difficile de trouver des médecins, d’obtenir des rendez-vous et les traitements sont encore en cours de développement. Il y a beaucoup de travail à faire. »


Aurore*, 22 ans, en couple depuis 4 ans, a connu un blocage sexuel lors de sa deuxième relation amoureuse. Ça ne lui était jamais arrivé.

« Quand j’ai commencé à sortir avec mon copain actuel, je sortais d’une relation compliquée. Je n’arrivais pas à oublier cette histoire et c’était compliqué de donner mon cœur et mon corps à quelqu’un d’autre, d’accorder ma confiance de nouveau. Dès le départ on a eu une très bonne alchimie au niveau personnalité. Mais on s’est lancé un peu vite je pense dans l’alchimie des corps. Quand on a essayé de le faire ça ne rentrait pas. C’était fermé. Lui ça fonctionnait, mais moi j’ai eu un gros blocage. Au début on s’est dit qu’il fallait prendre le temps, faire des préliminaires un peu plus longs. On a réessayé mais ça bloquait toujours. À partir de là j’ai compris que je n’étais pas prête à le faire, qu’il me fallait du temps pour accepter que quelqu’un d’autre entre dans ma vie. »

Comment as-tu réussi à débloquer la situation ?

« Simplement, j’ai écouté mon corps. On l’a refait deux mois plus tard et ça s’est fait tout naturellement, parce qu’on a pris le temps d’en parler. On s’est accordé du temps, le temps dont on avait besoin. Maintenant quand on en reparle on en rigole. On se dit que ça peut arriver encore d’autres fois. Quand le corps ne veut pas, il ne veut pas et il ne faut pas forcer. »


Manon* a 22 ans et c’est à la suite d’un traumatisme que son blocage est apparu.

« Moi c’est plutôt un blocage psychologique depuis que j’ai été violée par mon tout premier copain. Maintenant, j’ai du mal à faire confiance sexuellement parlant. C’est impossible pour moi d’avoir un partenaire d’un soir par exemple. »

Comment se manifeste ce blocage aujourd’hui ?

« Au début tout se passe bien et il y a un moment avant qu’il y ait pénétration où j’ai un gros blocage. Je pense que psychologiquement c’est aussi pour que dans ma tête je puisse me dire : oui tu as encore le choix de dire non. Le blocage est aussi devenu physique. Dans l’année qui vient de passer, j’ai eu une phase où c’était totalement mon corps qui bloquait. Niveau lubrification, y a rien qui se passait et j’étais toute coincée dans mon corps, mes épaules étaient fermées, j’étais un peu en boule. Il y a une sorte de système physique où tu veux te protéger de l’extérieur. La seule fois où j’ai réussi à sortir de cette dynamique-là ça été avec des partenaires sexuels que je connaissais depuis très longtemps, en qui j’avais vraiment confiance. »

*Les prénoms ont été modifiés

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Vu d’ailleurs

Par Thaïs

Le « vagin denté » : quand la méconnaissance du sexe féminin tient en un mythe

« Does your vagina has teeth, number 5? » Dans la comédie d’horreur Scream Queens, l’héroïne réussit à faire croire à tout le monde que son amie a un vagin muni de dents tranchantes, au grand dam de cette dernière . Sur les campus américains, la légende urbaine des « vagins à dents » est largement associée à l’idée d’une femme qui refuse la pénétration — soit par principe religieux, soit par blocage psychologique.

Plus qu’une légende stigmatisante, c’est un mythe qu’on retrouve dans plusieurs pays et qui remonte en fait à l’Antiquité — comme l’atteste son nom générique, en latin « vagina dentata ». Et, sans surprise, les différentes versions de ce récit portent la trace d’un rapport patriarcal à l’organe féminin.

Comme dans la version actuelle aux États-Unis, le mythe du « vagin à dents » est dans beaucoup de cultures censé mettre en garde les hommes, à ne pas être volage ou à les dissuader du viol. Il ne sait pas sur quoi il pourrait tomber. Néanmoins certaines histoires relatent une victoire du sexe masculin capable de maîtriser même le plus armé des sexes féminins — en somme, la culture du viol.

En Inde, le pénis du Dieu Shiva détruit les dents du vagin d’un démon qui essaye de le charmer. La légende y est même bien plus répandue qu’ailleurs, au point que le Washington Post y voit un élément explicatif de la prépondérance des viols dans le pays (en anglais).

D’autres versions laissent plus de place à la femme. Au Japon, le démon caché dans le vagin d’une jeune femme dévore le pénis de son nouvel époux ; elle fabrique alors un phallus en métal pour tuer le monstre. Le mythe a d’ailleurs donné lieu au célèbre festival du « pénis de métal ». En Russie, une femme qui veut éviter d’avoir des rapports avec son repoussant mari arme son vagin d’une tête de poisson pour lui faire croire que tous les vagins ont des dents.

Un peu comme la figure de la sorcière, cette femme stigmatisée mise au ban de la société pour son savoir et sa singularité, le vagin denté est aujourd’hui devenu symbole du féminisme. Des penseuses féministes ont choisi de se réaproprier le mythe pour en faire un signe de force féminine. Car dans tous ces mythes, c’est aussi la peur des hommes d’une domination et d’une emprise de la femme sur leur sexe. Le psychanalyste Sigmund Freud, pas très réputé pour son féminisme, fait d’ailleurs du « vagina dentata » le terme associé à la peur de la castration chez l’homme.

Ce mythe a finalement traversé l’Histoire, comme l’ignorance sur le vagin et son fonctionnement. La preuve, il est bien plus vieux que les premières descriptions médicales du vaginisme, au XIXe siècle.

Dans La Chair interdite, l’essayiste féministe Diane Ducret en fait notamment l’exemple ultime des fantasmes et des peurs autour d’un organe délaissé et peu étudié au fil des âges.

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On débunke !

Par Tom

« Un rapport sexuel se termine forcément par une pénétration »

FAUX

Dans beaucoup d’esprits, un rapport sexuel n’en est pas vraiment un s’il ne comporte pas de pénétration. Et pourtant, en se renseignant un peu, deux chiffres sautent immédiatement à la figure. Seules 20 à 30 % des femmes atteignent l’orgasme par une stimulation uniquement vaginale, contre 75 % par une stimulation clitoridienne (et donc potentiellement externe). Par ailleurs, une femme sur deux souhaiterait qu’on accorde plus de place à d’autres pratiques sexuelles, plus sensuelles (Ifop).

Le rapport phallocentré peut entraîner un mal-être chez les femmes atteintes de vaginisme ou de douleurs pendant la pénétration, qui peuvent avoir l’impression de ne pas pouvoir mener une vie sexuelle épanouie.

C’est pourtant faux, comme l’explique Céline Vendé, sexologue thérapeute à Bordeaux (@sexologue_therapeute sur Instagram) et qui ne mâche pas ses mots. « La pénétration, dans beaucoup de couples hétéro, c’est une sexualité de fainéants, dénonce-t-elle. On va au plus simple, au plus rapide, sans aucun effort d’imagination et sans partir à la recherche de nouvelles sensations. »

Mais pourquoi cette importance démesurée de la pénétration ? « C’est le fruit de notre société patriarcale et hétéronormative, explique Céline Vendé. La sexualité a longtemps été tournée vers la procréation, qui implique forcément la pénétration et l’éjaculation… Et on ne peut pas nier non plus l’influence du porno, qui fait de la pénétration un passage obligé. »

En cas de blocage, la sexologue conseille de se tourner vers les mal-nommés préliminaires (caresses, masturbation…), qui ne précèdent pas forcément la pénétration. « Quand je reçois des couples en consultation, je discute avec eux de comment trouver l’épanouissement dans d’autres pratiques, raconte-t-elle. Avant de reprendre plus tard une sexualité pénétrative une fois les blocages résolus, si tel est leur souhait. »

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La bonne nouvelle

Par Juliette & Tom

Comment soigner le vaginisme ?

Le vaginisme nécessite souvent une prise en charge à la fois psychologique (avec un sexologue) et physique (avec un kiné ou une sage-femme). Notre sexologue Céline Vendé (@sexologue_therapeute) explique : « Le vagin n’est pas fermé de manière physiologique, c’est une construction mentale d’une fermeture du vagin. Par ailleurs, il faut détendre la zone pelvienne, pour pallier à cette fermeture. »

Elle vous donne quelques petits conseils :

  1. Se reconnecter avec son corps. Il s’agit avant tout de détendre la zone pelvienne, hyper tonique. On peut pratiquer la sophrologie, la méditation ou le yoga. Voici deux exercices simples :
    • mettre ses mains sur son bas-ventre, de chaque côté de la vulve, pour ressentir cette zone-là, et se reconnecter avec ses sensations.
    • regarder sa vulve : prendre un miroir et s’asseoir en tailleur. Se répéter « cette partie du corps m’appartient », « je me réapproprie ma vulve ».
  2. En parler avec son partenaire. C’est primordial d’avoir une communication fluide avec celui-ci. En consultation, je reçois toujours le partenaire quand je reçois une patiente, il faut qu’il soit impliqué dans le trio que constituent les deux individus et le vaginisme. C’est plus facile d’en parler en dehors du lit conjugal, où, sur le moment, on est vite submergé par l’émotion. Ça permet aussi de déculpabiliser la personne, et de s’épanouir avec d’autres pratiques sexuelles avant de revenir éventuellement à la pénétration !
  3. Trouver une méthode adaptée. On peut consulter un professionnel de santé : sexologue pour la partie psychologique, kiné ou sage-femme pour la partie physique. C’est important de ne pas rester seule, car cela peut avoir des conséquences (comme la dépression). Il y a des groupes Facebook sur la pénétration, et des comptes Instagram comme @orgasme_et_moi et @mashasexplique qui en parlent.

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Sous la plume de Morgan


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Un jour, on parlera ensemble des violences gynécologiques, une source possible de vaginisme (oui oui, c’est le comble des combles).

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À lundi pour de nouvelles aventures,

Juliette, Orianne, Tom et Thaïs aka Le Point Q.

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