Sans dessus, sans dessous ?

Bienvenue dans ce nouveau numéro du Point Q !

On en voit dans le métro, sur des façades et sur des arrêts de bus. Les sous-vêtements féminins s’exposent partout dans nos villes, mettant en scène une sensualité souvent codifiée. Mais qu’en est-il de leur place dans l’intime ? Comment celle-ci a-t-elle évolué ? Quel rôle jouent-ils aujourd’hui dans nos sexualités ?

Nous avons tenté de répondre à ces questions dans notre deuxième newsletter de l’année 2022, toute douce, consacrée aux « dessous » (féminins pour cette fois). Moyens d’expression pour certaines, outils pour regagner confiance en soi, les sous-vêtements féminins véhiculent et entretiennent aussi tout un tas de diktats sur le corps.

Comme vous êtes les mieux placé·e·s pour en parler, Orianne a recueilli vos témoignages sur le sujet ! Dans le Vu d’ailleurs, Thaïs s’est intéressée au traitement réservé à la poitrine féminine dans l’Histoire. Écrasés, cachés, puis libérés, autant vous dire que les seins n’ont jamais eu une vie facile ! Pour le débunk, et pour bien commencer cette année, Le Point Q s’agrandit ! Dites bonjour à Maëlle, notre nouvelle recrue ! Elle répond à une question qui nous a traversé l’esprit, en regardant un film : le porte-jarretelles, c’est dépassé ? Quoi qu’il en soit, il semble que désormais, on cherche de plus en plus à allier érotisme et confort… Pour terminer en beauté, Ophélie vous fait découvrir deux marques de culottes sexy, douces et écologiques. Pssst… Il y a même des codes promo à utiliser, rendez-vous tout en bas !

Pépite s’il en est, ce nouveau numéro signe également le retour de Morgan, notre illustrateur ! Il vous avait manqué ? Découvrez sa BD à la fin de la newsletter, et toutes les précédentes ici !

On a aussi un petit truc à vous dire après votre lecture, n’hésitez pas à aller y jeter un œil !

Bonne lecture dans votre lit, avec ou sans dessous !

L’équipe du Point Q.

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La lingerie et vous

Par Orianne

« Je n’ai jamais vu les dessous comme une obligation. Je ne me suis jamais sentie obligée d’avoir des beaux dessous dans ma garde-robe. Même lorsque je ne suis pas en couple, j’aime en acheter pour moi. Je me sens belle avec de beaux sous-vêtements, désirable aux yeux de l’autre, oui, mais pas seulement. En fait je vois ça un peu comme une seconde peau qui embellit mon corps. Un peu comme un beau vêtement que je suis la seule à voir et la seule à pouvoir dévoiler. Ça me donne aussi confiance en moi.

Après on ne va pas se mentir, les dessous font quand même partie de la vie de couple. J’aime bien faire la surprise à mon copain, les acheter sans qu’il le sache et les dévoiler dans l’intimité. J’en achète beaucoup plus depuis que je suis en couple que seule. »

« J’ai toujours aimé surprendre mes partenaires avec de la jolie lingerie. J’en ai tellement je crois que je peux tenir au moins 15 jours avec des ensembles différents, bodys inclus ! Le soutien-gorge pour moi, c’est surtout décoratif. Je n’ai pas une poitrine trop imposante donc je n’en porte pas la plupart du temps. C’est pour ça que, quand j’en porte, j’aime bien qu’il fasse partie de l’esthétique de ma tenue. Pour moi la belle lingerie mérite d’être montrée, ou tout du moins entrevue.

Mon ex n’aimait que les trucs simples. C’était assez déconcertant d’ailleurs. Il trouvait la dentelle moins excitante que des ensembles tous simples. J’ai remarqué aussi que pas mal d’hommes préféraient la lingerie plus “implicite” (pas trop clinquante et très sexy) car ça laisse plus de place à l’imagination. »

« Je n’aime pas spécialement la lingerie, je n’aime pas aller dans les boutiques. Mais recevoir de la jolie lingerie en cadeau m’a permis de découvrir qu’on peut mettre son corps en valeur. Ça a un côté sexy et glamour. Ça joue aussi un rôle dans les préliminaires, dans l’excitation du partenaire. On se sent séduisante et sexy et on en joue. »

« Je me sens mieux, plus belle en portant de belles pièces de lingerie dans la vie de tous les jours. Ça me donne un boost de confiance en moi. Je le fais avant tout pour moi. Toute mon adolescence, j’ai eu un rapport compliqué avec mon corps. Je trouvais qu’il n’était jamais assez bien à cause des diktats du corps parfait que dépeint la société : pas assez de seins ou de fesses ou une taille pas assez fine.

J’ai commencé à acheter de belles pièces peu avant la vingtaine, et c’est à ce moment-là que je me suis réconciliée avec mon corps petit à petit. Il n’était finalement pas si terrible que ça et c’est évidemment un gros plus lorsque mon partenaire me trouve sexy ! La lingerie occupe une place importante dans ma sexualité, mais ça n’en est pas l’aspect principal. L’envie est là chez moi et mon partenaire, peu importe ce que je porte. »

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Vu d’ailleurs

Par Thaïs

Écrasés, cachés, sexualisés puis libérés… Comment la mode a traité les seins à travers l’Histoire

Certaines lui on dit adieu durant le confinement, d’autres s’en sont toujours passé. Mais pour beaucoup de femmes, le soutien-gorge s’est imposé dès l’adolescence comme une évidence.

Et pourtant, ce sous-vêtement féminin qui enveloppe la poitrine dans deux bonnets souples relevés par des bretelles n’a même pas 150 ans. Avant cela, le corps des femmes était déjà harnaché sous les robes ou chemises.

Dans la Grèce et la Rome antique, les femmes recouvraient leur poitrine — et parfois toutes les éventuelles courbes de leurs corps — d’un bandage, le strophium. Il s’agit a priori du plus lointain ancêtre du soutien-gorge actuel, et il visait notamment à répondre aux critères de beauté androgyne de l’époque, ou bien servait aux athlètes.

Quelques centaines d’années plus tard, au Moyen Âge, les « sous-vêtements » féminins continuent d’opprimer les seins — mais plutôt pour des raisons morales. En Europe, on fait par exemple porter aux jeunes filles des corsages qui aplatissaient la poitrine pour « dominer les passions ».

À partir du XVe siècle, en Asie, les « dudou » chinois étouffent, eux aussi, les seins. En fil de lin, ou parfois en chaîne de bronze et d’or, ces corsages carrés ont leur équivalent dans plusieurs pays d’Asie de l’Est. Ils permettent d’avoir une petite poitrine, celle-ci étant associée à la grâce et à la vertu dans la morale confucéenne. Ces sous-vêtements existent toujours, mais dans une version qui n’écrase pas la poitrine.

En Europe, le corset fait son apparition aux alentours du XVIe siècle. Ce n’est plus la poitrine qui est opprimée, mais le buste entier de la femme, modelé au gré des critères de beauté et des codes moraux : avoir un buste droit est signe de vertu et de droiture d’esprit. Cette invention venue de la cour espagnole utilise des tiges rigides (à l’époque, des fanons de baleines) et peut entraîner de véritables déformations physiologiques.

Pendant des années, les femmes sont donc contraintes de porter ces sous-vêtements peu confortables, qui les restreignent dans leurs mouvements. Jusqu’à une petite révolution, au tournant du XXe siècle.

Lors de l’exposition universelle de 1889, à Paris, une invention tout aussi historique que la Tour Eiffel — mais bien moins célèbre, fait son apparition : le « corselet-gorge » (voir illustration) de la corsetière française féministe Herminie Cadolle — un modèle qu’elle a inventé lorsqu’elle travaillait dans une boutique de lingerie en Argentine. Ce premier soutien-gorge moderne se concentre sur le support de la poitrine et fait disparaitre la partie rigide du corset qui immobilise le buste. Son objectif : libérer la femme de cette prison qu’est le corset.

En 1898, Herminie Cadolle dépose le brevet de ce qu’elle a logiquement surnommé « Bien-Être ». Mais il faut encore attendre avant que son invention, considérée comme peu distinguée, devienne un habit féminin du quotidien. Avec la Seconde Guerre mondiale, les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler en Europe et le sport féminin se popularise également. Elles ont besoin de liberté de mouvement : adieu donc le corset.

Tout s’accélère. Au fil des décennies et des modes, de nouveaux modèles voient le jour. Du « bullet bra » des années quarante qui fait pointer les seins sous les vêtements comme deux « missiles », au modèle push-up « Wonderbra » inventé en 1964 qui les resserre et les rehausse pour un effet grossissant — la poitrine n’est plus cachée, mais valorisée.

Bien que souvent conçus par des femmes, ces modèles restent liés aux standards de beauté de l’époque, souvent édictés par des yeux masculins. Le soutien-gorge a peut-être libéré la femme du corset, mais reste encore considéré, à l’image de ses ancêtres, comme une métaphore d’oppression patriarcale — en témoigne le mouvement « no bra » lancé par les féministes des années soixante-dix, mais qui a récemment fait son grand retour.

Mais s’il a pu être, à certaines périodes de l’Histoire, un objet d’oppression, le soutien-gorge reste pour de nombreuses femmes un sous-vêtement de confort essentiel, notamment pour éviter les douleurs au dos. Finalement, la liberté de la poitrine, c’est aussi de pouvoir choisir de porter — ou non — le soutien-gorge que l’on veut.

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On débunke !

Par Maëlle

Le porte-jarretelles, une pièce de lingerie dépassée ?

PAS EXACTEMENT

Tu l’as sûrement vu passer, la chanteuse Billie Eilish a provoqué de nombreux débats à la suite d’une couverture pour Vogue, où elle posait vêtue d’un corset et d’un porte-jarretelles couleur chair. Archétype de la femme-objet, outil de séduction ou tenue de libération, le porte-jarretelles suscite les passions, et ce, depuis sa création.

Revenons quelques siècles en arrière… Le porte-jarretelles n’a pas toujours été un attribut féminin. Au Moyen Âge, il faisait partie intégrante de l’habillage des hommes, où il servait à tenir les bas-de-chausses ! C’est le corsetier Féréol Dedieu qui repense le porte-jarretelles pour les femmes en 1876. Popularisé dans les années 30 par le cinéma, avec des affiches de films comme celle de L’Ange bleu de Josef Von Sternberg, il connait un déclin important dans les décennies suivantes.

À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, il est jugé vulgaire et accusé d’être un outil de domestication des femmes. Il faut attendre les années 70 et 80 pour que le porte-jarretelles acquière définitivement une place dans la lingerie féminine et que les grandes marques l’ajoutent à leur catalogue. De grand·e·s couturièr·e·s tel·le·s que Chantal Thomass en font le symbole par excellence de la féminité.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le porte-jarretelles est apprécié par certain·e·s et rejeté en bloc par d’autres. Sa principale critique est son manque d’inclusivité : « Ce n’est pas que je ne veux pas, mais je ne peux pas. Il n’est pas pensé pour ma morphologie », commente Lucie, 20 ans. Paradoxalement, son atout aujourd’hui est de constituer un outil d’affirmation de soi, allié d’un féminisme où la sensualité est choisie et revendiquée. « Avec, je me sens féminine et puissante », affirme Camille, 21 ans.

Selon [une étude relayée en 2014 par Le HuffPost]() et menée auprès de 950 personnes, 10 à 15 % des femmes déclarent porter des porte-jarretelles pour être sexy, presque 20 % affirment lui préférer le string et 64 % un simple ensemble deux pièces. Un résultat peu étonnant : le porte-jarretelles est victime de sa complexité, en témoignent les nombreux tutos qui expliquent comment l’enfiler.

Ces chiffres sont aussi le signe que les motivations d’achat ont aujourd’hui changé. Désormais, 47 % des femmes disent choisir leur lingerie parce qu’elle est confortable, devant d’autres critères comme la mode ou l’aspect sexy.

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La bonne nouvelle

Par Ophélie

Belles et bio : les nouvelles culottes éthiques

Pour ce numéro sur les sous-vêtements, l’équipe du Point Q t’a concocté une bonne nouvelle utile. On te présente deux marques de lingerie sélectionnées par nos soins, pour des dessous qui font à la fois du bien à la peau et à la planète !

Parce qu’au Point Q on est vraiment sympa, on te propose cette semaine deux codes promo pour ces deux marques :

Dépêche-toi, l’offre ne dure que cette semaine !

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Sous la plume de Morgan


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Et hop, Le Point Q, c’est fini pour aujourd’hui !

Ce numéro t’a plu ? Et toi, comment choisis-tu ta lingerie ? Est-ce important, en tant qu’homme ? N’hésite pas à nous en parler sur Instagram, sur Facebook ou encore sur Twitter ! Et si tu souhaites répondre aux prochains appels à témoignages, surveille nos stories, c’est là que ça se passe !

Si tu es ici, c’est sûrement que tu as lu notre annonce dans l’édito, merci ! Pour bien commencer 2022, Le Point Q a besoin de toi. Cela fait maintenant plus d’un an qu’on existe, et qu’on te parle de sexualité tous les lundis matin. Même sans nous rémunérer, héberger un site web et envoyer une newsletter à près de 1000 personnes coûte cher.

Nous sommes bientôt à sec, et tu l’as compris : un petit don, même quelques euros, nous permettrait de continuer à vivre ! Alors si tu as envie de continuer à nous recevoir, on te propose de faire ta première bonne action de 2022, en tippant quelques euros ! On est désormais sur uTip. Merci à celles et ceux, qui nous donnent depuis longtemps déjà, ponctuellement ou de manière régulière ! Vous êtes des chef·fe·s.

On fait un check du coude à Maëlle pour son arrivée dans l’équipe, on est toutes et tous très heureux·ses de l’accueillir parmi nous !

Et n’oubliez pas : Le Point Q paraît dorénavant toutes les deux semaines ! On vous dit au 24 !

Bonne semaine,

Julien, Juliette, Maëlle, Ophélie, Orianne, Tom, Thaïs et Valentin, aka Le Point Q 3.0 !

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