« Raconte-moi ta contraception »

Salut et bienvenue dans Le Point Q, un petit bijou qui te plonge dans l’univers du sexe et démystifie l’inconnue nommée « plaisir ». Chaque lundi matin, on débusque ensemble des fake news, on parle santé sexuelle, culture érotique, sexualité queer. On échange sur les nouvelles manières de faire l’amour en 2020.

Pour ce deuxième numéro, Le Point Q te propose de discuter de la contraception ! Pour ton plus grand plaisir, Thaïs te parle de la popularité de la vasectomie au Canada, Juliette démonte les idées reçues sur le stérilet, et Tom fait le point sur les avancées en matière de contraception masculine.

Mais tout d’abord, Orianne a recueilli plusieurs témoignages. Des jeunes femmes qui nous exposent leur rapport à la contraception, celle que la société leur a imposée ou celle qu’elles ont choisie par conviction… Pour les laisser libres de s’exprimer, nous leur avons simplement demandé : « Raconte-moi ta contraception. »

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« Raconte-moi ta contraception »

Par Orianne

Solène, 18 ans, célibataire : « J’ai toujours eu des règles très douloureuses, à tel point que je ne pouvais pas aller à l’école. Je tombais dans les pommes, je faisais des crises de douleur et je ne pouvais plus bouger. On m’a présenté la pilule comme la seule solution. Depuis, je la prends en continu. Mais dès qu’on me l’a prescrite à 16 ans, je savais que je n’en voulais pas. Je suis rentrée chez moi en pleurant et en pensant qu’est ce que je vais infliger à mon corps, ça va me détruire de l’intérieur. J’en ai changé très souvent, avec beaucoup d’effets secondaires. Pour moi la pilule c’est un pur fléau. A l’avenir, je partirais sur des choses plus body friendly comme le stérilet en cuivre. Et puis je la vois comme un autre outil de répression des femmes. Pourquoi c’est à nous de nous infliger ça ? »

Lauriane, 23 ans, en couple depuis 2 ans : « J’ai commencé à prendre la pilule à 17 ans, car j’avais un petit copain. C’est ce que mon médecin m’a prescrit directement. Puis je me suis davantage informée sur la contraception, notamment sur internet. Il y a deux ans, je suis passée au stérilet en cuivre, sans hormones. J’ai vraiment été bien accompagnée quand j’ai voulu changer. On m’a expliquée les effets que le stérilet pouvait avoir : des règles plus douloureuses, plus abondantes. Finalement, je me suis rendue compte que je ne le supportais pas. C’était un calvaire, j’avais des douleurs dès que mes règles arrivaient. Je suis allée consulter une gynécologue, plutôt jeune. Ce qui m’a plu, c’est que j’ai été écoutée et conseillée. Il y a 8 jours, j’ai repris la pilule. »

Béa, 23 ans, en couple depuis 3 ans : « Mon moyen de contraception a toujours été le préservatif, depuis ma première fois à 18 ans. J’ai toujours été réticente à l’idée de recevoir des hormones externes dans mon corps. C’est peut être parce que je ne suis pas assez informée, mais c’est quelque chose qui ne me plaît pas. En plus, je n’ai ni règles douloureuses, ni acné… donc pourquoi je la prendrais ? Elle protège pour ne pas tomber enceinte, mais pas contre les MST. Je ne ressens pas le besoin d’avoir une contraception féminine, même si j’ai un copain depuis plus de trois ans. J’ai l’impression que la pilule est beaucoup plus répandue en France qu’en Espagne, d’où je viens. Ici, on va voir le gynéco plus tôt, et j’ai l’impression qu’elle est souvent prescrite par défaut. »

L’avis de Fabio, 24 ans, en couple depuis 5 ans : « Je suis vraiment reconnaissant vis-à-vis de ma copine, qui prend la contraception. Il faut bien que l’un de nous deux s’en occupe, et comme il n’y a pas vraiment d’offre pour les hommes à part la capote, c’est assez évident que c’est la femme qui doit s’en charger. Mais je la soutiens, y compris financièrement. Quand elle prenait la pilule, on partageait les frais. On la notait même dans le Tricount ! Quand elle a changé pour le stérilet en cuivre, je l’ai accompagnée aux deux rendez-vous chez la gynéco, d’abord pour discuter puis pour la pose. Je serais tout à fait d’accord pour prendre une contraception masculine, si ça pouvait soulager ma copine de la charge mentale. Une pilule par exemple ou autre chose…Je me renseigne, j’ai vu passer récemment un projet d’injection qui permet d’anéantir les spermatozoïdes. Aujourd’hui les moyens de contraception ne sont pas assez développés pour les hommes, et je n’ai pas été élevé de manière à m’en préoccuper. »

La semaine prochaine, nous parlerons pornographie ! Si tu as envie de témoigner, écris-nous en répondant à ce mail. On sera ravi d’échanger avec toi.

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Vu d’ailleurs

Par Thaïs

La vasectomie : normalisée au Canada, taboue en France

Il existe une forme de contraception masculine, méconnue en France, mais qui concerne pourtant plus d’un Canadien sur cinq : la vasectomie.

L’opération consiste à couper les canaux déférents qui conduisent les spermatozoïdes hors des testicules. Elle est souvent pratiquée lorsqu’un homme a déjà eu des enfants et souhaite décharger sa compagne du poids de la contraception. Au Canada plus qu’ailleurs, ce poids se porte à deux.

La vasectomie est considérée comme permanente, même si l’opération peut être réversible, surtout quand l’homme est jeune. Les spermatozoïdes peuvent également être congelés.

Le Canada n’est pas le seul pays où la stérilisation masculine (réversible ou non) est inscrite dans la société : elle concerne 21 % des Britanniques, 15 % des Néozélandais ou encore 16,8 % des Sud-coréens.

Avec 0,8 %, la France est loin derrière l’ensemble de l’Europe de l’Ouest. Le sujet continue d’y être tabou : la vasectomie était encore illégale jusqu’en 2001 et ne peut se faire sans un délai de réflexion de 4 mois (comme la ligature des trompes) et trouver un chirurgien qui accepte l’opération relèverait du parcours du combattant. Dans une série de témoignages d’urologues recueillis par Sciences et Avenir, l’un d’eux avance par exemple : « Il y a toujours un danger d’opérer un homme qui dans dix ans rencontrera une femme jeune qui voudra des enfants. On protège le patient contre lui-même. »

Tabou lié à des questions de virilité ou manque de pratique et d’informations : seuls quelques milliers de Français optent pour la stérilisation.

Guillaume, 60 ans et remarié à une Canadienne, a choisi de faire l’opération en solidarité pour sa compagne : « Nous les hommes on n’a pas beaucoup de moyens, pour l’instant, de pouvoir participer à la contraception. Moi j’ai eu des enfants, ma famille : cette partie de ma vie est finie. Je suis allée en Suisse, voir un spécialiste. En France, c’est beaucoup moins accepté, et méconnu : on pense que ça affecte la vie sexuelle et la libido, alors que c’est aujourd’hui bénin et sans grandes conséquences. »

Comme lui, de plus en plus d’hommes sautent le pas. Entre 2010 et 2018, le nombre d’hommes ayant eu recours à la vasectomie a bondi de 491 %, selon l’assurance santé.

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On débunke !

Par Juliette

« Le stérilet favorise la transmission d’Infections Sexuellement Transmissibles »

FAUX

Le stérilet, désormais plutôt appelé dispositif intra-utérin (DIU) en cuivre ou hormonal, n’augmente pas le risque d’infection, ni de stérilité ! Le fait d’en porter un ne présage pas non plus d’infections plus graves qu’avec d’autres méthodes contraceptives, comme la pilule.

C’est une vieille croyance née il y a plus de 40 ans avec les premiers DIU, notamment les Dalkon Shield, qui ont entraîné de graves complications chez certaines femmes aux États-Unis. A la suite de poursuites judiciaires, ils ont été retirés du marché en 1974.

En revanche, le médecin vérifie toujours avant la pose que la femme n’a pas d’IST prééexistante, comme la chlamydia au niveau du col de l’utérus. Le DIU pourrait alors favoriser le développement d’une infection dans l’utérus, avec le transfert de microbes durant la pose. Le test se fait grâce à un simple prélèvement, et s’il est positif, l’opération est reportée le temps du soin.

Avoir un partenaire régulier et fiable n’est donc pas nécessaire pour le port d’un stérilet. Le seul élément qui favorise l’augmentation des risques d’IST, ce sont les rapports non protégés (sans préservatif) avec de nouveaux partenaires sexuels, non testés.

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La bonne nouvelle

Par Tom

Enfin un contraceptif masculin, réversible et sans effets secondaires ?

Des chercheurs du Conseil Indien de la Recherche Médicale ont mis au point le premier véritable contraceptif masculin. Il consiste en une injection unique sous anesthésie locale, et fournit une protection qui peut durer jusqu’à 13 ans !

Leur technique, nommée RISUG (inhibition réversible des spermatozoïdes sous surveillance), consiste en l’injection d’un polymère dans les canaux déférents (qui relient les testicules à la prostate), afin de contraindre le mouvement des spermatozoïdes et donc d’empêcher la fécondation. Le processus est totalement réversible, puisqu’une nouvelle injection suffit pour dissoudre le polymère.

Les premiers essais cliniques ont montré un taux d’efficacité de plus de 97 %, similaire à celui du préservatif. De plus aucun effet secondaire n’a été constaté, contrairement aux contraceptions hormonales.

S’il est validé par les autorités indiennes, le traitement pourrait être disponible dans les prochains mois. Un espoir pour l’Inde où, comme dans de nombreux autres pays, le poids de la contraception repose encore presque exclusivement sur les femmes.

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