Le plaisir dans tous ses états

Salut à toi et bienvenue dans Le Point Q, un petit bijou qui te plonge dans l’univers du sexe et démystifie l’inconnue nommée « plaisir ». Chaque lundi matin, on débusque ensemble des fake news, on parle santé sexuelle, culture érotique, sexualité queer. On échange sur les nouvelles manières de faire l’amour en 2020.

Nous, c’est Orianne, Tom, Thaïs et Juliette, 4 jeunes journalistes et étudiants à Sciences Po. Comme vous, on se pose plein de questions sur nos pratiques de la sexualité, et on s’est dit qu’on aurait aimé que quelqu’un nous aide à y répondre de manière simple, fiable et bienveillante. Sans avoir besoin de faire le tour du net (et de finir sur un sexchat avec Virginie), ou de supporter les remontrances d’une gynéco qui ne connait même pas @jemenbatsleclito .

On s’est donc donné une mission: répondre à toutes les questions que vous vous posez sans oser en parler à vos amis ou aux médecins. Vous avez déjà des idées? Vous souhaitez nous transmettre un témoignage? Écrivez-nous! Nous nous chargerons d’enquêter pour vous d’ici la semaine suivante.

Dans l’attente infinie que nous avons de vous rencontrer, nous vous avons concocté un premier numéro sur celui qui dicte nos envies sexuelles, « le plaisir ». Masturbation féminine, sexe anal, le kamasutra chez les Japonais…

De la part de toute l’équipe du Point Q , nous vous souhaitons une délicieuse conférence. Nous attendons vos retours !

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La masturbation féminine : 4 questions à Inès, Perrine et Pauline

Par Orianne & Juliette

Quand pratiques-tu la masturbation et comment l’as-tu découverte ?

Inès, 24 ans : « Je pratique au moins tous les deux jours. Souvent le soir ou vers 15h, car c’est le moment de la journée où je suis la plus excitée. J’ai découvert la masturbation quand j’étais petite, sans savoir que ça en était. Quand j’avais sept ans, mes culottes me serraient et je pense qu’elles faisaient une pression sur mon clitoris qui me donnaient d’agréables sensations dans le bas ventre. Je serrais très fort mes cuisses entre elles et je le fais toujours. Ma pratique n’a pas beaucoup changé, même si j’y ai ajouté quelques variations, notamment une pression de ma main par dessus la couette. »

Qu’est-ce que ça apporte à ta sexualité ?

Perrine, 23 ans : « Ca m’apporte énormément de confiance en moi parce que je connais mon corps. Et puis de la qualité, quand je couche avec un mec je suis en capacité de dire si ça me fait du bien ou pas. Alors que sans la masturbation, je pense qu’il y a un peu de conditionnement : tu peux gémir alors que tu n’as pas forcément de sensation. C’est le genre de truc que j’aime bien partager avec mon partenaire. Et en général les mecs que j’ai eu trouvaient ça archi cool. Ça ajoute du piment et je suis pas gênée. »

Et à ton bien-être ?

Pauline, 24 ans : « C’est comme quand tu manges un gâteau au chocolat au cœur hyper moelleux, ça fait trop du bien. Et parfois le gâteau est tellement bon que t’as envie de le crier sur tous les toits, de le dire à tes copines : J’ai mangé un gâteau au chocolat tellement bon !. Je crois que je ne pourrais plus m’en passer. »

Tu en parles avec tes amies ?

Inès, 24 ans : « Oui, mais c’est très récent. Depuis que la parole se libère sur les réseaux sociaux et qu’on trouve beaucoup de contenus sur internet. L’émission Crac crac par exemple, me plaît. Je commence aussi à en parler avec les garçons, mais là c’est encore un peu tabou. »

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Vu d’ailleurs

Par Thaïs

Au Japon, le fantasme du sexe fait oublier la réalité

C’est le pays du « Bukkake », des sextoys dernier cri et où près de 14 films porno naissent chaque jour. Et pourtant, c’est aussi le pays où un quart des 25-39 ans est encore vierge et où le nombre de rapports sexuels annuels par habitant est le plus bas au monde (45). Au Japon, deux mondes diamétralement opposés coexistent : la sexualité débridée dans le monde du fantasme et le tabou du sexe dans le monde réel.

En termes de représentation du plaisir sexuel, le pays est pionnier : dès l’ère Edo (17-19e siècle) l’art érotique du Shunga expose l’acte sexuel de façon très explicite via les fameuses estampes japonaises, diffusées en masse et réalisées par les plus grands maîtres (notamment Hokusai). Grande particularité du genre : le plaisir féminin est pour la première fois illustré. Des relations lesbiennes au fameux poulpe qui permettrait d’atteindre l’ultime jouissance pour une femme, ces représentations continuent de hanter l’imaginaire des fictions érotiques aujourd’hui. Mais au 19e siècle, le Japon connaît une vague de puritanisme qui met toute cette sexualité dans le placard du tabou, dans le monde réel comme dans les arts.

Aujourd’hui pourtant, l’industrie du désir prospère : café d’hôtes et de soubrettes, simulateurs d’histoires érotiques plus que réalistes ou encore mangas pornographiques (Hentai). Dans le royaume du fantasme, presque rien n’est tabou, même les fétichismes les plus étranges. Des magasins de sous-vêtements usagés aux services offrant de se faire fouetter les poignets par des actrices pornographiques, en passant par les poupées en silicone en tenues d’écolières : tout est possible, à condition que cela reste de l’ordre de l’imagination, médiatisé et encadré.

Le sexe, le vrai, n’est lui jamais considéré comme à la hauteur de ce qu’offre ce monde du fantasme. L’industrie du plaisir est tellement riche et sur mesure qu’il n’y a plus vraiment besoin d’être deux pour être comblé.

Le sexe, le vrai, est aussi caché, tabou : il a ses temples consacrés, les fameux « love hotels », où on paye la nuit pour voir une maîtresse, tester des sextoys ou tout simplement retrouver son époux sans les enfants.

L’éducation sexuelle est quasi-inexistante au Japon, que ce soit par la famille ou par l’école. C’est donc souvent via cet univers du fantasme que les jeunes apprennent ce qu’est le sexe. De cela découle, en partie, un nouveau phénomène qui s’intensifie ces dernières années : le désintérêt, voire l’aversion pour le sexe. En 2014, cela concernait 65,8 % des filles de 16 à 19 ans et près de 36,1 % des garçons de la même tranche d’âge. Certains parlent uniquement d’un dégoût pour le sexe réel, mais pour d’autres, c’est bien ce monde extravagant des fantasmes qui est aussi rejeté.

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On débunke !

Par Tom

« Si un mec aime qu’on lui touche l’anus, alors il est forcément gay »

FAUX

Tous les hommes, homo ou hétéro, peuvent prendre du plaisir par derrière… car tous possèdent une prostate ! Cette glande, de la taille et de la forme d’une châtaigne, sécrète le liquide séminal qui entre dans la composition du sperme… mais elle gonfle également quand elle est stimulée, et constitue donc une véritable zone P — par analogie avec la zone G féminine.

Le plaisir anal chez l’homme reste malgré tout tabou, souvent associé à l’homosexualité ou au domaine médical — le fameux toucher rectal pour détecter le cancer de la prostate. Pourtant, il n’y a pas de mal à se faire du bien… et ce par tous les moyens ! De plus il s’agit d’un plaisir très accessible, puisque la zone P ne se situe qu’à quelques centimètres de l’entrée de l’anus.

Ceux qui le pratiquent parlent d’un orgasme différent, plus long et plus intense… mais également déroutant, puisqu’il ne provient pas d’une stimulation du pénis et n’entraîne généralement pas d’éjaculation. Cela peut aussi être un jeu avec sa partenaire : une « inversion des rôles » qui permet d’emmener sa sexualité hors des sentiers battus et d’établir une connexion plus intime avec l’autre.

Avec les doigts ou avec des objets, en solo ou avec sa partenaire… tentez l’expérience ! Il serait dommage de passer à côté de cette autre forme de plaisir, par peur du regard extérieur ou de la pression sociale.

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La bonne nouvelle

Par Thaïs

Guérir avec des clitoris en 3D

Dans le monde, 200 millions de femmes ont subi une mutilation génitale (MGF), dont plus de 125 000 en France. Les chirurgies de reconstructions permettent de retrouver une sensation de plaisir, mais la démarche est psychologiquement lourde.

En Suisse, les hôpitaux universitaires de Genève ont conçu un kit 3D des structures anatomiques sexuelles pour accompagner les victimes et les aider à se réapproprier leurs organes de plaisir. Heidi.news a interviewé l’une des coordonnatrices du projet, responsable de la consultation pour les femmes avec des mutilations génitales.

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