Morgane raconte sa première soirée BDSM

Par Orianne & Juliette

Vous avez lu dans la newsletter la première expérience BDSM de Morgane*, voici maintenant son récit de la première soirée à laquelle elle a participé, dans un donjon (lieu où les adeptes du BDSM se retrouvent pour pratiquer). On débriefe ensuite de son ressenti.

« Étant de nature pudique et assez introvertie, j’étais pétrifiée à l’idée de me retrouver nue, face à beaucoup de monde. Dans ma tête, je voulais annuler toutes les 5 minutes, mais l’envie de découvrir ce milieu a pris le dessus. Une fois arrivée à la soirée avec mon maître, je découvre un lieu chic et des invité·e·s qui le sont tout autant. Les invité·e·s ont, pour certains, l’âge d’être mes parents, voire plus. Beaucoup se connaissent déjà. Tout le monde est adorable et bienveillant avec moi, sans exception.

C’est l’été, nous sommes rassemblé·e·s sur la terrasse. Nous discutons, de choses et d’autres, en prenant l’apéro. Pas forcément de BDSM. Mon maître est assis à côté de moi. Il me tient la main (moite). Je porte un collier comme tou·te·s les soumis·e·s présent·e·s. Quelques heures passent, et le moment d’entrer dans le donjon arrive. Je suis en robe moulante, avec des talons. Je n’ai pas l’habitude. Mais mon maître est très compréhensif et il se montre très doux avec moi. Il décide d’attendre que je sois imprégnée des lieux et de l’ambiance avant de faire une séance sur moi.

On me propose de regarder des séances, de toucher les accessoires des uns et des autres. Il y a des choses dont j’ignorais totalement l’existence. J’ai dit un nombre incalculable de fois “et ça, c’est pour faire quoi ?” dans la soirée. Jusqu’au moment où mon maître vient vers moi, avec son martinet… Il me dit tout ce qui m’attend, en avance. Qu’il va retirer ma robe, me mettre des attaches au niveau des poignets. Puis, relier ces attaches à des chaînes, suspendues à une poutre.

Toutes ces choses faites, il ne me reste plus que mes talons, un string et mon collier de soumise. Voyant que je tourne la tête de tous les côtés pour guetter la réaction des gens, mon maître me murmure à l’oreille, qu’il va me bander les yeux. Il le fait. Il m’embrasse tendrement, me demande si je n’ai pas oublié les mots “safe”, et si je suis prête. C’est bon. Il passe tout doucement le martinet sur mon dos. Il monte en intensité, sans aller trop vite. L’idéal, c’est toujours de commencer doucement, pour chauffer la peau.

Il tourne autour de moi, tout en jouant avec son martinet. Avec mes yeux bandés, mes sens sont décuplés. J’entend le bruit d’un fouet qu’on fait claquer à l’autre bout de la pièce, des gens qui discutent. Mon maître s’arrête, probablement pour s’hydrater. Le bruit du fouet me fait sursauter. Ça résonne. Je rigole nerveusement. Mon maître me caresse, en me demandant comment je vais, si je veux faire une pause. Je veux continuer, je me sens bien. Il me murmure à l’oreille que je suis une bonne soumise, sa soumise et qu’il est très fier de moi.

Lors de cette soirée, c’est 100 % BDSM, donc pas de sexe (du moins dans la salle, il y avait des chambres dans un autre bâtiment). Je suis restée avec mon maître. Si quelqu’un voulait “jouer” sur moi, il fallait qu’il demande obligatoirement à mon maître et ça n’a pas été le cas.

Pendant le reste de la soirée, nous avons discuté avec les personnes présentes. J’ai posé des centaines de questions, sur le pourquoi du comment. Sur leurs goûts, le plaisir qu’ils/elles en retirent.

Tous les clichés que j’avais sur le BDSM ont été effacés. Certes, il y a des personnes masochistes, mais à mon sens il y en a pour tout les goûts dans le monde du BDSM. Il y a des personnes qui sont switch (à l’aise en tant que maître·sse et en tant que soumis·e), d’autres qui vivent H24 en tant que maître·sse ou soumis·e, c’est un mode de vie. L’essentiel c’est de communiquer, c’est la base même du BDSM. »

Ce soir-là dans le donjon, tu parles d’une soirée très bienveillante, où tu t’es sentie en confiance ?

« Je suis restée toute la soirée en string/talons/collier avec une dizaine de personnes et tout le monde m’a regardée dans les yeux quand on m’adressait la parole. J’en oubliais presque ma pudeur.

Il y a quelques années, j’étais allé plusieurs fois, seule, dans un sauna libertin. Ça ne s’est pas toujours bien passé et ça m’était resté dans un coin de la tête. Je craignais que les hommes me caressent, me mettent une main aux fesses, ou ailleurs, en étant exposée (attachée, nue…) mais PAS-DU-TOUT, les gens demandent toujours avant. Même quand j’étais nue, les gens qui discutaient avec moi, qu’ils aient 30 ou 50 ans, ne me reluquaient pas. J’ai adoré cette bienveillance. »

Tu racontes aussi que durant cette soirée, tu n’a pas fait de sexe. Ce n’est pas automatique dans la pratique BDSM ?

« Non. Avant d’aller dans ce genre de soirée, on sait toujours si ça sera uniquement BDSM, BDSM “sexué”, ou une soirée libertine sans BDSM. Moi, je ne vais pas aux soirées où il y a du sexe. Mais en privé, avec mon maître, c’est quasi systématique. Au minimum, il y a un gros câlin, du sexe non pénétratif et sinon du sexe. »

Est-ce que tu pourrais comparer le plaisir que tu ressens lors d’un rapport sexuel et lors d’une séance de BDSM sans sexe ?

« J’ai des orgasmes uniquement lorsqu’il y a du sexe, qu’il soit pénétratif ou non. Lors d’une séance de fouet par exemple, au fur et à mesure de la séance, j’ai une montée d’endorphines. Ça m’arrive de pleurer après une séance. Pas à cause de la douleur ! Mais parce que je me suis “abandonnée” à mon maître, et parce que j’étais concentrée.

Lors des séances (dans un donjon, sans sexe), je n’ai pas de plaisir sexuel. C’est surtout cérébral. Après, si on titille mes zones érogènes… c’est une autre histoire (rires). C’est un dépassement de soi, de ses limites, du seuil de la douleur. Mon maître est fier de moi lors des séances, il m’apprend à être une bonne soumise et il aime quand je le lui prouve. Il a rarement une érection à ce moment-là. Il est tellement concentré sur ses gestes et sur les réactions de mon corps… Tout dépend s’il se montre tactile avec moi (peau à peau).

C’est un peu le même plaisir qu’après une séance de sport. On a souffert, on a été jusqu’au bout, et au final on est fier·e de soi. »

Comment tu as vécu la transition entre ta découverte du BDSM soft (avec des fessées et du sexe), et ce type de soirées dans les donjons, où il n’y a plus de sexe mais des coups de fouet ?

« Ça s’est fait progressivement. Avec la curiosité, l’envie de découvrir de nouvelles choses, de nouvelles sensations, ça n’a pas été un gros choc. J’étais déjà fan des fessées lors des rapports sexuels. Mais j’aime aussi le sexe vanille, avec douceur, bisous, moins sauvage. »

Tu as fait d’autres soirées depuis ?

« Oui, quelques unes. Ma tolérance à la douleur augmente au fil des séances. J’ai arrêté de sursauter quand j’entends un fouet (rires). Je me suis même vue adorer le fouet claquer sur ma peau. Et avoir un sourire satisfait quand je vois les souvenirs qu’il m’a laissé le lendemain. Je suis très heureuse d’avoir découvert le BDSM, du haut de mes 25 ans. Il me reste énormément de choses à découvrir, et j’espère ne jamais arrêter d’apprendre. »

* Le prénom a été modifié

● ● ●

Si tu veux lire ce contenu, connecte-toi avec ton adresse mail :

● ● ●

Tu n’es pas encore abonné·e ? N’attends plus !

Le Point Q a reçu le soutien du
fonds d’intervention associatif de