Vu d’ailleurs

Par Valentin

À la conquête du clitoris

Des nymphes au clitoris

Dans l’Antiquité grecque, le clitoris n’est pas différencié des lèvres de la vulve. On appelle cet ensemble les « nymphes ». Les auteurs sont alors plus préoccupés par la procréation que par le plaisir. C’est donc la partie interne du sexe féminin qui les intéresse le plus. Seule utilité de la partie externe : stimuler la fertilité. Hippocrate, dont les enseignements seront suivis jusqu’au XIXème siècle, considère que la stimulation des « parties honteuses » de la femme émet une semence qui favorise la fécondation.

Pourtant, des lèvres et un clitoris trop développés sont considérés comme le symbole de pulsions sexuelles féminines déviantes. Les médecins pratiquent alors l’excision, pour recadrer la moralité des jeunes femmes.

La découverte du clitoris

À partir de la Renaissance, le développement de la dissection permet de mieux connaître le corps humain. Le clitoris apparaît en 1558 dans les manuels d’anatomie. Les auteurs se disputent sa découverte, parmi lesquels Gabriel Fallope, connu pour avoir donné son nom aux canaux utérins, qui le nomme kleitoris. On découvre par exemple qu’il est érectile : on le surnomme alors « verge de la femme ». Plusieurs auteurs évoquent le « plaisir » qui est suscité par sa stimulation. L’un deux, constatant qu’il y a bien plus de nerfs dans le clitoris que dans le vagin, avance même « qu’on ne peut accorder au vagin aucune participation à la production du sentiment voluptueux dans l’organisme féminin » !

Mais cette meilleure connaissance du corps féminin est aussi source de dérives. Organe du plaisir, le clitoris est accusé de pousser les femmes à la masturbation. Il est surnommé « mépris de l’homme », car il se suffit à lui-même, et n’entre pas dans le système phallocentré de la pénétration. L’excision devient donc plus précise, on ne coupe que le clitoris (ce qu’on appelle une clitoridectomie).

À la conquête du clitoris

Au XIXème siècle, la découverte du cycle menstruel (donc de l’ovulation) amène l’Église à condamner la masturbation de couple, qu’elle pense être un moyen de contraception, puisque ne servant pas dans la fécondation.

Freud ajoute sa pierre à l’édifice en déclarant que la femme, connaissant le clitoris dès son enfance, doit découvrir le vagin à la puberté. Selon lui, continuer d’utiliser son clitoris à l’âge adulte, c’est rester dans l’enfance.

L’anatomie complète du clitoris n’est produite qu’en 1998, année de la commercialisation du Viagra.

Mais les choses changent : il y a dix ans, les moteurs de recherche donnaient jusqu’à cinq fois moins de résultats pour le mot « clitoris » que pour « pénis ». Aujourd’hui, c’est l’inverse ! Le clitoris trouve aussi sa place dans les manuels scolaires français à partir de 2017. Longtemps dissimulé, caché, effacé volontairement de la mémoire collective, il s’expose au grand jour et devient un symbole féministe de taille, pour remettre la femme et son plaisir au centre de la vie publique.

Comme tous les symboles, il est exposé à des critiques : soit il desservirait la cause féministe en ramenant le combat au bas-corporel (critique qui est aussi celle des antiféministes mécontents de la libération sexuelle des femmes), soit il excluerait les personnes transgenres de la lutte.

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