Le sexe au ciné ? Cliché ?

Par Le Point Q

« Je trouve que ce sont des scènes qui, la plupart du temps, ne sont pas très utiles. Parfois on a l’impression que ça ne rend pas vraiment service à l’histoire et que c’est une sorte de routine. Souvent, ce sont des scènes qu’on oublie facilement. J’imagine, pour avoir vu quelques interviews, que c’est rarement quelque chose d’agréable pour les réalisateurs et pour les acteurs ; et comme elles sont faites un peu par obligation, elles sont tournées de manière caricaturale.

Surtout dans la manière dont c’est filmé : on n’est pas dans un film pornographique donc on ne peut rien montrer, mais il y a quelque chose de très stéréotypé. Si bien que quand avec ma mère on regarde un film ensemble, c’est devenu un réflexe de passer les scènes de sexe. Non pas parce qu’on est géné·e·s, même si ce n’est jamais très agréable de voir ça avec ses parents, mais parce qu’on sait que de toute façon ça ne mènera à rien.

L’exception qui confirme la règle, c’est quand une scène de sexe dit vraiment quelque chose des personnages. Un exemple qui me vient en tête, c’est Homeland. Au début de la série, il y a un personnage parti à la guerre depuis des années qu’on croyait mort et qui revient ; il retrouve sa femme, et il y a une scène de sexe (qui pour le coup se justifie totalement) où le gars est très brutal et animal. Ça montre bien que pendant qu’il était en train de combattre, enfermé ou torturé, il a perdu un peu de son humanité. »

« C’est très classique, les préliminaires sont assez inexistants, et les représentations très centrées sur les hétérosexuel·le·s. Quand on parle d’autres orientations sexuelles, c’est très cliché (les gays/lesbiennes qui, forcément, aiment les plans à plusieurs, les bi·e·s qui rêvent de plans à trois, etc.)

J’ai été assez gênée devant une scène de sexe dans Game of Thrones, au moment où Littlefinger vient de recruter de nouvelles femmes pour un de ses bordels. L’une des prostituées, plus expérimentée, leur apprend à simuler quand elles font l’amour à des clients. Donc ce sont deux femmes qui font semblant de coucher ensemble, mais comme s’il s’agissait d’un homme et d’une femme. C’est super dérangeant comme scène, parce que Littlefinger regarde ça normalement, et on a ces deux femmes qui simulent vraiment, qui hurlent, comme des actrices, qu’elles doivent être y compris dans la série.

Aucun film ni série n’est représentatif de ce qu’il se passe en vrai. C’est poussé à l’extrême à chaque fois. Dans une autre scène, quand Khal Drogo viole Daenerys, il n’y a aucun plaisir, c’est totalement animal, et on les voit en levrette alors qu’il n’y a aucun bruit, aucun mouvement autour. Là aussi, c’est très gênant.

Pour conclure, quand je pense “sexe au cinéma”, je penche tout de suite pour une représentation très vanille/classique, avec le plaisir de l’homme au-dessus du reste, car la pénétration est toujours présente, alors que dans la vraie vie ça ne suffit souvent pas à l’orgasme féminin. En somme : sexe au cinéma = sexe vanille hétérocentré ! »

« À mes yeux, les scènes de sexe sont toujours représentées au cinéma de manière similaire, sans montrer la diversité. C’est notamment le cas du sexe homosexuel qui est toujours représenté de façon identique : deux femmes sont montrées comme très douces, a contrario de deux hommes. C’est très classique parce que comme il y a un tabou autour de ça, le sexe est vu comme quelque chose de différent de leurs relations ; or si on considère que tout ce qui est sexuel est dans la continuité et dans la communication du corps, ça ne devrait pas être mis à part. Aujourd’hui, il y a tout un travail à faire autour de ça.

Ça m’est déjà arrivé d’être gênée devant une scène de sexe avec ma mère, notamment quand ça sortait un peu des sentiers battus. Par exemple dans le film Mademoiselle, où il y a des scènes assez particulières et justement beaucoup plus représentatives de ce que peut être la réalité [du sexe lesbien]. Enfin, ces moments intimes sont très personnels et ça peut être compliqué de les retranscrire dans un film. »

« Quand je regardais la série Glee, ça m’avait un peu choquée de voir qu’on filmait souvent les couples hétérosexuels s’emballer, alors que pour les couples gays, il n’y avait jamais de scène explicite. Je me suis rendue compte que c’était pareil dans tous les films que j’ai vus… À part La vie d’Adèle, où il y a de longues scènes de sexe lesbien… mais c’est tourné bizarrement. Tu sens le male gaze** du réalisateur, dans la manière dont c’est mis en scène.

Sinon, évidemment que j’ai déjà été gênée (rires) quand je regardais des films avec mes parents ou mes frères. J’avais très envie de changer de chaîne, je regardais ailleurs ou je faisais des toussotements : “hum hum, ah dis donc, ouh làààà…” »

* Le prénom a été modifié

** Le « regard masculin », désigne le fait que la culture visuelle dominante imposerait au public d’adopter une perspective d’homme hétérosexuel, par exemple en faisant s’attarder la caméra sur les formes du corps féminin. Il s’agit d’un concept théorisé par une critique de cinéma en 1975.

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