On débunke !

Par Julien

Le sexe à l’écran : est-ce toujours du cinéma ?

PAS EXACTEMENT

Des caresses, des corps nus entrelacés et une intimité révélée à l’écran… Les mises en scène de rapports sexuels sont nombreuses au cinéma, avec des degrés de pudeur certes variables, entre visuels suggestifs et gros plans. Mais ne t’es-tu jamais demandé si tout ce qu’on voyait à l’écran était vrai ?

Souvent, ce ne sont pas les corps des acteur·rice·s qui sont filmés, même si tout porte à le croire. Pour une raison simple : bon nombre de comédien·ne·s ne sont pas consentant·es à jouer entre elleux des rapports charnels à l’instar du cinéma pornographique. Mais grâce aux effets spéciaux, on n’y voit souvent que du feu.

Dans la besace du septième art tout d’abord, des prothèses de sexes. Métal, silicone, latex… Les spécialistes des scènes torrides de longs-métrages regorgent de techniques en tout genre.

Souviens-toi de La Vie d’Adèle et des (très) longues minutes d’ébats entre Emma (Léa Seydoux) et Adèle (Adèle Exarchopolous) : malgré les apparences, les entrejambes des actrices se révèlent être des prothèses en silicone affublées de faux poils pubiens et aux tons chair. Quant à l’acteur Jonah Hill, alias l’associé Donnie Azoff dans Le Loup de Wall Street, c’est une prothèse de pénis qu’il a revêtu durant le tournage – un objet d’une valeur d’environ 5.000 euros.

Toutefois, il arrive que les rapports ne soient pas simulés.

Il y a en général deux cas de figure. Si les acteur·rice·s ne souhaitent pas voir leur intimité apparaître à l’écran, les ébats sont filmés avec la même technique que toutes les cascades (sauf celles de Tom Cruise) : l’emploi de doublures. Alain Guiraudie, le réalisateur de L’inconnu du lac, a par exemple trouvé de quoi tourner ses plans les plus osés, dont une éjaculation face caméra, par deux hommes trouvés sur un site de rencontres. Du côté de Lars von Trier et de son Nymphomaniac, des acteur·rice·s porno ont été filmé·e·s puis ont vu leurs visages être remplacés numériquement par ceux des comédien·ne·s originaux·les. Habile.

Enfin, eh bien oui, certain·e·s acteur·rice·s passent outre les prothèses et les doublures et se laissent filmer en pleins ébats. C’était le parti pris réaliste adopté par Jean-Marc Barr (l’ancien Jacques Mayol du Grand Bleu) dans ses Chroniques sexuelles d’une famille d’aujourd’hui, où les comédien·ne·s sont bel et bien filmé·e·s lors de rapports non simulés. Ou par Gaspard Noë dans de nombreuses scènes de son sulfureux Love.

Deux choses néanmoins. Comme le rappelait en 2013 le magazine Les Inrocks, les scènes de sexe — simulées ou non — ne sont parfois pas sans conséquences pour les acteur·rice·s, qui plus est lorsque la réalisation décide volontairement d’être floue quant aux détails (prothèse ou pas prothèse ? doublure ou pas doublure ?). « Tout le monde voulait savoir ce que j’avais fait sur le tournage, je recevais des remarques salaces (…) Ensuite, il y a eu l’arrivée d’internet, la récupération des images de sexe du film, sorties de leur contexte. J’ai eu l’impression de perdre mon intimité », expliquait le premier rôle Caroline Ducey après la sortie de Romance (1999), avec l’acteur X Rocco Siffredi.

Enfin, qu’il s’agisse ou non de cinéma, le respect du consentement de chacun·e, acteur·rice ou non, est indiscutablement nécessaire, et on ne se privera pas de le rappeler.

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