Fièrement représenté·e·s ?

Par Orianne

« La représentation des personnes LGBT+ à l’écran, c’est quelque chose qui est en train de se développer mais qui n’était pas présent il y a encore une dizaine d’années — ou alors c’était complètement caricatural. Quand j’étais petite, je regardais des dessins animés japonais ou français, et autant il y avait des personnages féminins cool, autant il y avait zéro personnages queer*. C’était des aliens ou bien des monstres mais pas des personnes queer. Ce n’était pas des humains.

Récemment un ami m’a fait découvrir Steven Universe et là je suis en train de regarder The Owl House. Ce sont des dessins animés qui ont tous des personnages queer, des personnages que j’aurais vraiment aimé voir parce que je ne pouvais pas m’identifier. Ça a été un peu compliqué d’être légitime dans ce que j’étais parce que je ne voyais pas d’autres personnes comme moi. Ce qui est bien c’est que maintenant les séries sont aussi dans cette mouvance. Comme Sense8, qui a fait beaucoup de bruit. Il y avait une grande variété de représentations queer et c’était les personnages principaux, avec de vrais rôles. Ça c’était nouveau ! »

« Je pense que ça permet de faire connaître (pas reconnaître vu que la représentation est souvent mal faite) les thématiques LGBTQ+ qu’on n’aborde pas forcément. Par exemple, il y a eu un personnage transgenre dans Plus belle la vie et j’ai trouvé ça super cool. Le public qui regarde ça ce sont des familles et des anciens, donc c’est super qu’iels soient exposé·e·s à ces identités-là de manière bienveillante. Je sais que ce personnage a aidé plusieurs personnes de mon entourage à faire leur coming out trans à leurs grands-parents.

Pour la représentation non-binaire, à laquelle je m’identifie, elle est inexistante… Je crois n’avoir jamais croisé de personne non-binaire à l’écran et j’avoue que ça me rend triste… Avec la représentation bie, ça me saoule qu’on tombe souvent dans des clichés super blessants. Comme la meuf bie qui se cherche et qui finit par tromper son mec avec une nana, ou celle qui a beaucoup de relations sexuelles, une vie assez “freestyle” et tout. On est aussi des personnes posées dans leur vie qui aiment les relations calmes et pas forcément aller voir ailleurs. Je trouve que ça avait été bien fait par exemple dans Sex Education, avec le personnage d’Ola. On commence à avoir une représentation plus “chill” et réaliste des personnes gays et lesbiennes mais pas de toutes les autres identités qui sortent de la binarité : bisexuel·le·s, pansexuel·le·s, personnes non-binaires. C’est super dommage. »

« Je suis de manière générale pour des mesures de discriminations positives et dans ce cadre je trouve par exemple la démarche de Netflix assez intéressante. Les minorités de tous types sont représentées, Netflix présente des personnages à l’intersection de plusieurs catégories (femme + lesbienne + racisée** par exemple) : c’est intéressant car cela montre la complexité de la réalité.

On peut ensuite s’interroger sur le type de représentation qui en est faite. Il s’agit pour le moment beaucoup plus de “LG” que de “BT+”. J’ai l’impression que petit à petit les personnages sont un peu moins caricaturaux et que l’on confond moins sexualité et genre. En dehors de Netflix, je trouve que France Télévisions mène des actions aussi très intéressantes avec de nombreux documentaires plutôt bien faits sur la trajectoire d’individus faisant partie de minorités. Pour ce qui est de l’effet immédiat des médias sur l’acceptation dans les familles ou l’entourage, c’est possible que cela aide même si je ne pense pas que cela seul puisse régler le problème. Il faut rajouter à cela l’éducation, le droit et l’action politique pour finir de régler le problème. On n’y est pas encore mais on y croit ! »

« À vrai dire je ne regarde pas tant de films et de séries que ça, mais de ce que j’ai vu je pense qu’il y a deux représentations majeures qui s’opposent : d’un côté la relation impossible qui se termine de façon plus ou moins tragique, comme dans Call Me By Your Name par exemple ; de l’autre côté, une représentation calquée sur les relations hétérosexuelles, avec des films comme Love, Simon. Dans tous les cas, ça tourne toujours autour du même trope : une relation avec des obstacles à surmonter, façon Roméo et Juliette. Ça reste très édulcoré… Beaucoup de séries actuelles qui mettent en scène des relations hétérosexuelles explorent de nouvelles façons de vivre son couple ou sa sexualité, ou bien parlent de problématiques comme les relations abusives par exemple. Je n’ai pas l’impression que l’on voit beaucoup ça dans les films ou séries mettant en scène des relations homosexuelles.

Cette volonté d’édulcorer pour se faire accepter par les hétérosexuels ne peut mener qu’à une impasse. Il faut savoir ce que l’on veut : se faire accepter des autres ou participer au développement de sa propre communauté. Un film n’a pas forcément pour but de plaire au public mais plutôt de faire émerger des idées auxquelles on n’avait pas pensé ou qu’on ne voulait parfois pas voir. Si notre seul objectif c’est de constamment plaire aux personnes hétérosexuelles, alors on ne va jamais être considéré·e·s comme des égaux puisqu’on reste sur un rapport de dominant·e·s/dominé·e·s. Au bout d’un moment, il faut arrêter de chercher à plaire et se concentrer sur ce qui est important pour nous, car c’est comme ça que l’on pourra véritablement se faire accepter selon moi. »

* Mot anglais signifiant « bizarre » ou « tordu », « queer » désigne l’ensemble des orientations sexuelles et identités de genre qui sortent de la norme de l’hétérosexualité cisgenre

** Une personne racisée est une personne subissant du racisme systémique, et donc par extension une personne non-blanche

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