Vu d’ailleurs

Par Thaïs

Tentacules, écolières et belles endormies : petit décryptage des fantasmes japonais

Au Japon, où 40 % des 18-35 ans sont encore vierges, la sexualité reste cantonnée à l’imagination. Et une fois entré·e·s dans l’univers du fantasme, tout semble possible, surtout avec l’aide de l’industrie du sexe japonaise, taillée pour assouvir toutes les envies (enfin surtout celles des hommes), même les plus problématiques.

Retour sur trois célèbres fantasmes japonais et ce qu’ils disent de la sexualité dans le Japon contemporain.

« Tentacules »

Le shokushu, du japonais « tentacules », désigne un genre pornographique (souvent sous forme de dessin animé) dans lequel une femme prend son pied grâce à une créature munie de tentacules qui atteignent toutes ses zones érogènes.

Si le fameux « tentacle porn » japonais semble être un lieu de fantasme « de niche » pour les hommes, leurs ancêtres, des estampes érotiques japonaises (comme Le Rêve de la femme du pêcheur du célèbre Hokusai) sont aussi les premières œuvres à représenter le plaisir féminin.

Les « belles endormies »

Dans le célèbre roman Les belles endormies de Kawabata, un vieil homme se rend dans une maison close pour passer la nuit auprès de jeunes femmes vierges nues endormies — qu’il n’a pas le droit de défleurer.

Aujourd’hui l’industrie japonaise du fantasme propose des belles endormies plus « accessibles », mais 100 % silicone : les « love dolls », des poupées au corps très réaliste pour lesquelles certains Japonais (mais pas que) dépensent des dizaines de milliers d’euros. Que ce soit pour assouvir des fantasmes inavouables ou simplement comme remède à la solitude : les loves dolls sont littéralement des « objets femmes » à la merci de l’homme.

Écolières

Un « Lolicon », contraction de « Lolita » (du roman de Nabokov) et de « complexe », désigne une personne attirée par de très jeunes femmes. Son équivalent pour les jeunes hommes : « shotacon ».

Des costumes d’écolière sexy aux dessins animés érotiques ou pornographiques (hentai) mettant en scène de très jeunes filles (ou garçons) : ce fantasme a la dent dure au Japon.

Bien que les fantasmes soient dans le champ de l’imaginaire, certains comme ceux des Lolicon sont particulièrement problématiques et de plus en plus encadrés par les autorités.

Une industrie du fantasme problématique ?

Plusieurs pays, dont la France, interdisent la vente ou même la possession d’œuvres Lolicon et Shotacon, assimilées à de la pornographie infantile. Au Japon, on argue que comme il s’agit d’un dessin, cela relève de la liberté d’expression et ne met en danger aucun mineur.

Les « Burusera shops » qui vendent des sous-vêtements ou autres vêtements féminins déjà utilisés ont également fait l’objet de plusieurs régulations, les préfectures interdisant par exemple depuis 2004 la vente de sous-vêtements de mineures.

Des voix se sont également levées contre les love dolls aux traits enfantins, notamment à l’étranger : en 2016, une pétition lancée en Australie contre l’exportation des poupées-enfants de la marque japonaise Trotlla a recueilli près de 60 000 signatures. La marque s’est défendue en disant qu’elle permettait aux pédophiles d’assouvir leurs pulsions avec un objet plutôt que de faire une victime dans la vraie vie…

L’industrie du sexe japonaise banalise en outre l’image de la « femme objet », renforçant la « geishaisation » des femmes (de « geisha », courtisane). Les rares voix qui s’élèvent au Japon pour dénoncer cette culture se heurtent souvent à un mur : en témoignent les critiques envers la journaliste Shiori Ito, qui a révélé en 2017 avoir été violée par un homme célèbre. Un épisode qui marque néanmoins la naissance d’un #MeToo au Japon, #WeTooJapan.

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