Première(s) fois

Par Juliette

« J’avais 14 ans et demi, j’étais avec mon copain depuis un mois et quelques. Je me souviens de discussions dans mon groupe d’ami·e·s où on disait qu’on allait le faire, on allait être les premiers de la bande. Je n’en avais pas vraiment envie, j’étais tétanisée, même si je n’ai pas eu les mots. Je ne voulais pas passer pour une fille coincée, et j’avais trop peur qu’il me quitte.

On l’a fait : c’était assez classique, pas fou. Ça a duré longtemps, ça ne marchait pas vraiment. Le lendemain j’avais super mal mais j’étais trop fière. Pour moi à l’époque, c’était normal que la première fois se résume à la pénétration. Or aujourd’hui je ne fais quasiment plus l’amour avec pénétration. Je regrette un peu, ça aurait pu mieux se passer si j’avais attendu. J’étais heureuse, mais corporellement jeune. »

« Je considère que j’ai eu deux premières fois. D’abord avec une fille, ma “première” première fois, avec ma copine en terminale. Et puis ma première fois avec un mec, l’année d’après. J’avais la chance d’être amoureux. Mais j’en garde quand même un souvenir horrible : j’étais hyper gêné, je posais plein de questions. J’étais plus à l’aise avec mon copain, d’abord car je connaissais le corps d’un homme, et puis il y avait déjà eu des câlins, de la masturbation… Alors qu’avec la fille c’était directement pénétration. Clairement, j’avais l’impression d’être en Safari (rires), je n’avais aucune idée de ce que je faisais.

Aujourd’hui en tant qu’homme queer, même si j’essaie de me déconstruire, j’associe encore mes premières fois aux premières pénétrations. En revanche, j’essaie d’éduquer mes petits frères, pour dédramatiser. Je leur ai offert le livre de Jouissance Club. Il y a clairement un manque d’éducation, encore plus pour les personnes LGBTQIA+. J’aurais aimé qu’on me mette un bouquin entre les mains, savoir comment les corps fonctionnent… »

« Je m’étais toujours dit que je ferais ma première fois avec quelqu’un dont je serais amoureuse et en couple. Au final pas du tout, je l’ai fait avec quelqu’un que j’avais rencontré une semaine avant. On n’était pas ensemble, on s’était juste embrassé une fois. J’en garde un très bon souvenir, en plus c’était dans un lieu insolite.

Avant l’acte j’avais peur… peur d’avoir mal et surtout de ne pas savoir combien j’allais perdre de sang, quand l’hymen se perce. Et puis toutes mes peurs se sont dissipées : je n’ai pas du tout saigné et je n’ai pas eu mal. Et d’ailleurs à la fin je me suis posée la question : tout ça pour ça ? Ça n’était pas désagréable, mais pas ouf non plus. C’est seulement les fois d’après où j’ai eu un orgasme. En revanche, c’est vrai que je ne l’oublierai jamais, je pourrais même ressortir la date ! »

« Je n’ai jamais eu de partenaire sexuel mais je me considère comme sexuellement active (masturbation, sextoys) depuis l’âge de 14 ans. Donc je regarde ce concept de première fois avec beaucoup de distance… J’ai découvert la masturbation par hasard en 4e, mais ça ne fait que quelques mois que je ressens du désir pour quelqu’un.

À 18 ans, en entrant à l’université, j’ai subi une agression sexuelle. Ça m’a traumatisée dans mon rapport aux garçons, j’avais l’impression d’être une proie. Il m’a fallu un long travail pour surmonter ça, me rendre compte qu’il n’y a pas que des chasseurs… À cette époque j’ai ressenti une grosse pression : à 22 ans il y a un vrai stigmate sur la virginité.

Paradoxalement, le fait d’être encore vierge me rend plus sereine. Je sais que quand je le ferai, c’est que je l’aurai choisi. Pour moi la première fois c’est un mythe, qu’on fabrique en te faisant croire que c’est ce qui va te permettre de devenir adulte. Mais on ne t’arme pas pour ça. Je me suis armée toute seule et mes copines aussi. »

* Le prénom a été modifié

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