Vu d’ailleurs

Par Thaïs

Le « vagin denté » : quand la méconnaissance du sexe féminin tient en un mythe

« Does your vagina has teeth, number 5? » Dans la comédie d’horreur Scream Queens, l’héroïne réussit à faire croire à tout le monde que son amie a un vagin muni de dents tranchantes, au grand dam de cette dernière . Sur les campus américains, la légende urbaine des « vagins à dents » est largement associée à l’idée d’une femme qui refuse la pénétration — soit par principe religieux, soit par blocage psychologique.

Plus qu’une légende stigmatisante, c’est un mythe qu’on retrouve dans plusieurs pays et qui remonte en fait à l’Antiquité — comme l’atteste son nom générique, en latin « vagina dentata ». Et, sans surprise, les différentes versions de ce récit portent la trace d’un rapport patriarcal à l’organe féminin.

Comme dans la version actuelle aux États-Unis, le mythe du « vagin à dents » est dans beaucoup de cultures censé mettre en garde les hommes, à ne pas être volage ou à les dissuader du viol. Il ne sait pas sur quoi il pourrait tomber. Néanmoins certaines histoires relatent une victoire du sexe masculin capable de maîtriser même le plus armé des sexes féminins — en somme, la culture du viol.

En Inde, le pénis du Dieu Shiva détruit les dents du vagin d’un démon qui essaye de le charmer. La légende y est même bien plus répandue qu’ailleurs, au point que le Washington Post y voit un élément explicatif de la prépondérance des viols dans le pays (en anglais).

D’autres versions laissent plus de place à la femme. Au Japon, le démon caché dans le vagin d’une jeune femme dévore le pénis de son nouvel époux ; elle fabrique alors un phallus en métal pour tuer le monstre. Le mythe a d’ailleurs donné lieu au célèbre festival du « pénis de métal ». En Russie, une femme qui veut éviter d’avoir des rapports avec son repoussant mari arme son vagin d’une tête de poisson pour lui faire croire que tous les vagins ont des dents.

Un peu comme la figure de la sorcière, cette femme stigmatisée mise au ban de la société pour son savoir et sa singularité, le vagin denté est aujourd’hui devenu symbole du féminisme. Des penseuses féministes ont choisi de se réaproprier le mythe pour en faire un signe de force féminine. Car dans tous ces mythes, c’est aussi la peur des hommes d’une domination et d’une emprise de la femme sur leur sexe. Le psychanalyste Sigmund Freud, pas très réputé pour son féminisme, fait d’ailleurs du « vagina dentata » le terme associé à la peur de la castration chez l’homme.

Ce mythe a finalement traversé l’Histoire, comme l’ignorance sur le vagin et son fonctionnement. La preuve, il est bien plus vieux que les premières descriptions médicales du vaginisme, au XIXe siècle.

Dans La Chair interdite, l’essayiste féministe Diane Ducret en fait notamment l’exemple ultime des fantasmes et des peurs autour d’un organe délaissé et peu étudié au fil des âges.

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