Vu d’ailleurs

Par Tom

Dans l’Antiquité, le phallus omniprésent mais au repos

« Sois solide comme le sexe d’un bouc, dur comme le bois, prends force et courage, sois en érection, sois en érection, sois en érection. » Non, il ne s’agit pas du slogan d’une marque de Viagra, mais d’incantations prononcées par les prêtresses d’Ishtar, déesse mésopotamienne de l’amour — il y a plus de 6000 ans.

Depuis l’aube de la civilisation, le sexe masculin et l’érection (ou l’absence d’érection) sont au cœur des représentations de l’humanité. Sculpté sur des piliers, porté en talisman ou promené lors de processions religieuses, le phallus est un symbole de fertilité et revêt une dimension spirituelle et magique dans de nombreuses cultures antiques.

Mais si la verge fascine comme signe de fécondité, elle n’est pas forcément synonyme de virilité. Les Grecs considéraient notamment que le physique du citoyen et sa vertu morale étaient intimement liés, l’un étant le reflet de l’autre : c’est le καλὸς κἀγαθός (kalos kagathos), littéralement « beau et bon ». Un pénis trop imposant ou continuellement en érection était donc mal vu, puisque cela signifiait que son propriétaire n’était pas maître de ses pulsions.

C’est pour cette raison que les personnages des statues et vases antiques arborent souvent de petits attributs, au repos. Les représentations de verges en érection, en général de taille démesurée pour les rendre encore plus grotesques, étaient quant à elles réservées aux satyres et autres créatures lubriques — la plupart du temps associées à Dionysos, le dieu du vin et de l’ivresse.

À Rome aussi, le phallus est à la fois omniprésent dans l’art et peu considéré dans la société, une dualité qui s’incarne dans le dieu Priape. Ce fils d’Aphrodite et de Dionysos, à la suite d’une malédiction, se voit affublé d’un pénis gigantesque continuellement en érection… érection qu’il est destiné à perdre à chaque fois qu’il souhaite passer à l’acte. Cette difformité fait de lui un symbole de fertilité, mais lui vaut également le mépris des autres dieux qui le chasseront de l’Olympe. Priape (représenté ci-dessus sur une fresque retrouvée à Pompéi) a par ailleurs donné son nom au priapisme, une maladie se manifestant par une érection permanente et douloureuse.

Loin de l’image d’orgies et de dépravation souvent associée à l’Antiquité, la sexualité des anciens était ainsi bien moins centrée sur l’érection qu’aujourd’hui — malgré un imaginaire très riche autour du sexe masculin. La pénétration était en général réservée à la procréation, et des éjaculations trop fréquentes étaient réputées affaiblir l’homme, aussi bien physiquement que mentalement. La volupté et la sensualité s’exprimaient donc ailleurs, notamment par les caresses et les baisers. Alors, la prochaine fois que ça bloque… pourquoi ne pas s’en inspirer ?

● ● ●

Si tu veux lire ce contenu, connecte-toi avec ton adresse mail :

● ● ●

Tu n’es pas encore abonné·e ? N’attends plus !

Le Point Q a reçu le soutien du
fonds d’intervention associatif de