Par Thaïs

Au Japon, le fantasme du sexe fait oublier la réalité

C’est le pays du « Bukkake », des sextoys dernier cri et où près de 14 films porno naissent chaque jour. Et pourtant, c’est aussi le pays où un quart des 25-39 ans est encore vierge et où le nombre de rapports sexuels annuels par habitant est le plus bas au monde (45). Au Japon, deux mondes diamétralement opposés coexistent : la sexualité débridée dans le monde du fantasme et le tabou du sexe dans le monde réel.

En termes de représentation du plaisir sexuel, le pays est pionnier : dès l’ère Edo (17-19e siècle) l’art érotique du Shunga expose l’acte sexuel de façon très explicite via les fameuses estampes japonaises, diffusées en masse et réalisées par les plus grands maîtres (notamment Hokusai). Grande particularité du genre : le plaisir féminin est pour la première fois illustré. Des relations lesbiennes au fameux poulpe qui permettrait d’atteindre l’ultime jouissance pour une femme, ces représentations continuent de hanter l’imaginaire des fictions érotiques aujourd’hui. Mais au 19e siècle, le Japon connaît une vague de puritanisme qui met toute cette sexualité dans le placard du tabou, dans le monde réel comme dans les arts.

Aujourd’hui pourtant, l’industrie du désir prospère : café d’hôtes et de soubrettes, simulateurs d’histoires érotiques plus que réalistes ou encore mangas pornographiques (Hentai). Dans le royaume du fantasme, presque rien n’est tabou, même les fétichismes les plus étranges. Des magasins de sous-vêtements usagés aux services offrant de se faire fouetter les poignets par des actrices pornographiques, en passant par les poupées en silicone en tenues d’écolières : tout est possible, à condition que cela reste de l’ordre de l’imagination, médiatisé et encadré.

Le sexe, le vrai, n’est lui jamais considéré comme à la hauteur de ce qu’offre ce monde du fantasme. L’industrie du plaisir est tellement riche et sur mesure qu’il n’y a plus vraiment besoin d’être deux pour être comblé.

Le sexe, le vrai, est aussi caché, tabou : il a ses temples consacrés, les fameux « love hotels », où on paye la nuit pour voir une maîtresse, tester des sextoys ou tout simplement retrouver son époux sans les enfants.

L’éducation sexuelle est quasi-inexistante au Japon, que ce soit par la famille ou par l’école. C’est donc souvent via cet univers du fantasme que les jeunes apprennent ce qu’est le sexe. De cela découle, en partie, un nouveau phénomène qui s’intensifie ces dernières années : le désintérêt, voire l’aversion pour le sexe. En 2014, cela concernait 65,8 % des filles de 16 à 19 ans et près de 36,1 % des garçons de la même tranche d’âge. Certains parlent uniquement d’un dégoût pour le sexe réel, mais pour d’autres, c’est bien ce monde extravagant des fantasmes qui est aussi rejeté.

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